04 septembre 2008
(S)laugher is the best medecine.
Ne vous y trompez pas. Nous avons là un nouveau grand méchant du Cinéma (avec un grand C). Je ne sais pas si c'est trop tôt pour le dire, mais la postérité pourrait bien placer le Joker de Ledger aux cotés d'autres grands noms comme Hannibal, Dark Vador et autres Norman Bates.
Voici à présent ce que je pense avoir compris du personnage, le tout avec mes modestes neurones et, avouons-le, beaucoup de lecture. Plus qu'un antagoniste, le joker se pose presque en arbitre du conflit. C'est lui qui distribue les cartes. Nous l'apprenons cependant très vite : ce sont des cartes truquées qu'il distribue tout au long de cette partie (les multiples trahisons, les plans cachés dans les plans, les interchangements...).
Extrêmement ingénieux, il semble toujours avoir une longueur d'avance sur tous les autres personnages. Ses plans sont toujours soigneusement élaborées (braquage de banque, multiples assassinats, attaque d'un convoi blindé, la carte « sortie de prison » et autres « expériences sociologique »1) et il semble avoir appris à maitrisé, ou du moins à prendre considérablement en compte, la grande force qu'est le Chaos. Autrement dit le hasard, les petites choses qui font que tout ne se passe pas comme prévu. Avec ses multiples issues de secours (et un peu de chance), le Joker n'est jamais vraiment pris de cours. C'est aussi un grand manipulateur et il sait se montrer particulièrement persuasif : il réussit quasiment toujours à imposer ce qu'il veut à ses interlocuteurs.
Comme il l'annonce lui-même, il est un Agent du Chaos. En gros et pour parler simplement : il est là pour foutre la merde. Il n'est pas intéressé par la vengeance ni même par l'argent, celui-ci n'est d'ailleurs qu'un moyen, pas un but. D'abord pour attirer l'attention de tous, puis surtout pour s'acheter de quoi tout faire péter.
Nous
avons affaire à un méchant avec une philosophie des
plus discutables (mais pas méprisables !). C'est un personnage
qui déteste l'ordre établie, une espèce
d'anarchiste, mais dans sa forme la plus pure : le chaos pour le
chaos. Faire ressortir ce qu'il y a de plus dégoûtant
chez les êtres humains (peur, haine, égoïsme), pour
mieux leur faire sentir à quel point leurs petites vies sont
dérisoires. C'est le nihiliste par excellence. Ni Dieu ni
Maître ni Batman. Et cet apôtre du Chaos croit tellement
en ses principes (ou son absence de principes !) qu'il est prêt
à plusieurs reprises à offrir sa vie sur l'autel de sa
foi : il se met plusieurs fois lui-même en danger pour prouver
qu'il a raison. En ordonnant/suppliant le Batman de l'écraser
malgré la règle d'or de celui-ci (ne jamais ôter
la vie) ou en offrant à Harvey-plus-tout-à-fait-Dent un
revolver chargé et en le posant lui-même sur son front.
Le joker apparaît ainsi comme un fanatique.
Il est amusant de constater aussi à quel point le Joker le plus déshumanisé de la Saga Batman et en même temps le plus humain, le plus réaliste dans son traitement. C'est un homme. Juste un homme aux cicatrices (un « Glasgow Smile », ou un « Sourire de l'Ange ») d'origines mystérieuses : sa version des faits changent selon son interlocuteur. Il se réinvente chaque jour2. Du coup, libre au spectateur de se faire sa propre idée... Personnellement, je l'imagine comme un « self-made man »... quelqu'un naît dans une famille (avec énormément de contraintes ou, au contraire, une liberté totale ?) sans histoires, peut-être un peu bourgeoise, et dont le fils (doté d'un énorme Q.I.) à développé sa propre philosophie de vie et est parti dans le vaste monde la mettre à l'épreuve. Ou alors un clochard un peu fou mais intelligent, à vous de voir ! A chacun sa vision du mal...
Son apparence crade, entre le clochard cité précédemment et le clown de rue3, est quelque chose de nouveau chez ce personnage souvent bien propre sur lui. Son aspect faussement négligé va de pair avec un tempérament de chien fou. Ou du moins, c'est ce qu'il voudrait laisser croire puisque ce Joker a l'air d'être tout sauf fou.
Enfin, quelques mots sur l'acteur qui a su donner la vie à cette vision. Le cinéma a définitivement perdu quelqu'un qui se découvrait tout juste, qui, à 28ans, était déjà capable de démontrer des grands talents de comédien. Parfaitement caméléon, on a pu le découvrir dans plusieurs types de rôles, tous différents, et rarement l'acteur transparaît derrière ses personnages. Sans parler des véritables prises de risque dans le choix de ceux-ci (un écrivain un peu lâche dans Les Frères Grimm, un cowboy très ours mal-léché et un peu homosexuel dans Brockeback Mountain, et pour finir l'ennemi numéro un du Caped Crusader depuis déjà presque 70 ans : un clown diabolique...). Enfin je ne parle ici que des films dans lesquels je l'ai vu, et je dois dire que je suis bluffé.
Tout dans son jeu respire l'authenticité. Sa façon légèrement voûtée de se déplacer, ses claquements de langues hyper-fréquents, sa voix (en V.O. donc!) envoûtante (Le joker est un grand bavard dès que quelqu'un daigne l'écouter.) qui part dans de grands aigus irritants, ou au contraire se fait plus grave par moments... Ses hésitations -volontaires- lorsqu'il parle. Il a su également donner par moment un côté grand enfant (un peu gaté quand même) à son personnage... La scène de garde à vue (« I want my phone call ! ») ou celle où il rit à gorge déployé après avoir fracassé un hélicoptère. Quelle belle partie de rigolade, en effet ! Et son rire ?! Finalement très peu utilisés dans le film, les rares moments où il en use n'en sont que plus terrifiants : presque asthmatique, son rire frise souvent l'hystérie, comme un excès jubilatoire excessif mais très vite réprimé.
Ce joker aurait-il eu la même acclamation si son auteur n'était pas décédé trop tôt ? Je suis prêt à parier que oui. Est-ce que sa mort a contribué d'une quelconque façon au tapage monstre qu'à fait le film aux état-unis, acclamé par les critiques ? Bien sûr que oui, mais c'est un succès beaucoup moins dû à son décès qu'aux qualités intrinsèques du film. La mort de Brandon Lee, pourtant beaucoup plus célèbre de son vivant, n'avait pas donné, il me semble, le même succès cinématographique pour son « The Crow »...
1 Cette motivation se retrouve aussi dans l'album « The killing joke » d'Alan Moore...
2 Voir l'album « Arkham Asylum »; même si nous avons affaire ici à une réinvention de son passé, non de son présent.
3 Une critique négative assez amusante l'avait aussi traité de « prostituée qui se serait maquillée pendant une fellation »... Je reprendrais ce trait d'esprit mais pour en faire un compliment.




