07 novembre 2008
Si tu me trompes deux fois, honte à moi...
Je m'aperçois que je n'ai jamais rien écrit sur Saw IV, la suite tant attendue de mon excellentissime Saw III...
Heureusement que Saw V vient de sortir, je vais pouvoir combler ce vide. Et c'est garantie 100% pur spoiler. Donc il est évident que seul ceux qui ont vu le film peuvent se permettre de poursuivre ce post. Attention, je veille.
Avant de véritablement rentrer dans le bain, j'offre une catharsis à tout le monde. Oui, Saw VI arrivera l'année prochaine. Oui, ce sera une véritable boucherie(-charcuterie). Et Saw VII, ce sera sale. Et le linge sale se lave en famille. Bla bla bla. J'espère que la post-prod française va trouver une porte de sortie, du genre Saw le sixième, ou Saw la fin (espérons-le). Déjà Les Dents de la Mer 2 avait fait beaucoup sourire en son temps.
Après Saw III, tout aurait dû se terminer. Rarement film avait été aussi loin dans la noirceur, tuant pratiquement l'ensemble de ses protagonistes en une unique et magistrale scène, ne laissant absolument aucune place pour un quelconque espoir. Ce film était d'un nihilisme profond, d'un pessimisme insoutenable.
Mais c'etait aussi un film. Et une saga juteuse qui, avec les quelques portes de sorties qu'elle s'était laissé, a pu redémarrer sur de nouvelles bases. Tout re-démarre dans le quatrième opus.
D'abord, retour en arrière sur les thématiques et messages des précedents volets :
J'aimerais, si possible, tordre le cou aux idées toutes faites sur la saga Saw. Tout est pratiquement dit dans la phrase précédente en fait, il s'agit d'une saga. Ce n'est pas qu'une question de gros-sous.Il s'agit bien d'une série de films, mis bout à bout, et sortant chaque année. Un peu beaucoup comme une série, quoi. La première trilogie formait un arc scénaristique complet et cohérent, un peu comme une première saison. L'épisode un était l'episode introducteur, celui qui prenait le temps pour poser les bases. Le second continue l'intrigue initié dans le premier, mais en amenant de nouveaux éléments, il est l'entre deux. Le troisième était la conclusion, le recoupement de toutes les intrigues précédentes. Il revenait sur la mythologie construite pour mieux la déconstruire. Et tout finissait dans un abominable bain de sang.
L'histoire aurait très bien pu se finir ici, mais les gros-sous ont parlés. Tant qu'ils ont encore des choses à dire, j'adhère toujours à une seconde saison.
Le premier nous apprenait à nous méfier des apparences et, plus important à profiter de chaque instant. Ce sera la ligne conductrice de tous les suivants, qui en explorent les sous-thèmes. Le second nous apprenait l'importance de la postérité, de la vie dans sa continuité, à ne pas craindre la fin quand elle vient. L'autre thème majeur de la série est celui de la confiance en son prochain, ce qui sera de nouveau exploité dans tous les autres. Le troisième nous montrait avant tout l'importance du pardon. Pour vivre en paix avec soi-même, pour vivre en paix avec les autres.
Et la saga Saw à réussi à m'atteindre là où ni la Bible (encore moins le Coran ou le Torah) n'ont jamais réussi à me toucher. La vie est courte, profite de chaque instant. Tu n'as qu'une vie, ne la gâche pas. Aime et aide ton prochain, tout ça. Aide les autres et tu t'aideras toi même, etc.
Et le coup de maître de cette série est d'avoir pu faire passer ce message d'amour à l'homme en l'associant avec la brutalité la plus pure, une conception affreusement nihiliste (j'aime beaucoup ce mot). L'alliance suprême du plus beau message que l'Homme puisse concevoir tout en le confrontant au monde physique le plus crasse, la plus dure réalité. Parceque le message est là, mais il échoue systématiquement. C'est ce qui fait de cette saga une oeuvre véritablement sombre.
Et cette "saison 2" alors ?
Le quatrième opus était clairement en dessous de ses prédecesseurs. Attention, je ne dis pas pour autant qu'il était mauvais. Bien au contraire, tout le monde est d'accord sur ce point, les détracteurs de la série comme les fans : il y a une étonnante continuité entre les épisodes. Pas seulement du point de vue scénaristique mais dans son ensemble. Les films peuvent être tous vu les uns après les autres, on suit clairement un tout cohérent.
Saw IV part donc sur de nouvelles bases. Jigsaw est mort, mais les pièges continue et les derniers agents survivants de l'équipe d'investigation que l'on suivait dans les 3 précédents épisodes en font les frais. Le FBI décide de s'en mêler. Et tout finit comme d'habitude dans une belle pagaille. JigSaw a fait des émules et n'avait pas qu'une apprentie. Le detective Hoffman est son fils "spirituel" et tous les autres ont perdus. Il est le dernier maître du jeu et le dernier survivant. C'est cette fin en suspens qui avait un peu-beaucoup déçu. Que ? Quoi ? Lui ? Mais pourquoi ?
Saw V nous replonge tout de suite dans l'ambiance du précédent. Et nous apporte enfin les réponses qui manquaient. Oui, Hoffman est bien l'apprenti officiel de JigSaw. Son éminence grise. Mais cette fois sans la relation père-fille qu'il avait initié avec Amanda. On a plus l'impression d'une stricte relation maître-élève, entre le respect et le mépris. Dans cette épisode c'est au tour de Hoffman de se débrouiller seul et de s'émanciper de son brillant maître. De prendre enfin le devant de la scène. Et l'intérêt de cet épisode est que justement, celui-ci préfère rester dans l'ombre. Et il aura fort à faire pour se dépatouiller de l'autre survivant des jeux précédents, l'agent du FBI Strahm. Sans surprise, Hoffman réussit et la boucle va pouvoir se boucler dans le sixième opus. Parcequ'il reste à voir à présent (comme pour le troisième opus) si Hoffman mérite vraiment son titre et si il fait le poids. Jigsaw l'a prévenu dans l'opening de Saw IV : "You think you will go untested ?".
Nouveau volet dans la continuité des autres donc. Avec malheureusement aussi quelques faiblesses et maladresses. Le quatrième avait par exemple une gestion du temps assez calamiteuse (pire que 24 et son Los Angeles qui permet à Jack Bauer de se trouver d'un immeuble A à un immeuble B en moins de 5 minutes) et des incohérences dans le comportement de certains personnages (ou le syndrome du "Mais-qu'il-est-con-celui-là-pourquoi-il-y-va-tout-seul-là-dedans-?"). Ce qui m'a le plus gêné dans ce cinquième épisode est l'impression d'être pris pour un demeuré lorsque le personnage qui se parle tout seul explique tout par la même occasion à une audience supposé largué (alors que c'est quand même clair !... A partir du moment où on suit depuis le début.) Et j'arrive difficilement à saisir le message de celui-ci, ou en tout cas celui que je crois avoir compris m'effaire davantage. La confiance ? Thème déjà bien exploré avant. Mais la pilule était facilement passé dans le 4, puisqu'elle était amené avec l'idée sous-jacente que les tests de JigSaw/Hoffman avaient avant tout pour but d'expliciter leurs messages, de se sentir moins seul, de créé un sentiment d'empathie entre eux et leurs victimes.
Non, en fait le véritable thème de cet opus va presque à contre courant de la philosophie Sawienne. Jigsaw ne croit pas en son propre message. Son message d'amour n'est qu'une farce. Pas de rédemption, pas de seconde chance, pas de survivance dans la vie après avoir échappé à la mort. Si ses plans sont toujours aussi bien montés, si il a l'air aussi omniscient, c'est dit-il parceque "When you can anticipate the human mind it leaves nothing to chance." Il fait ses pièges en sachant pertinnement que ses victimes en mourront. Il ne croit pas en leur réussite et il sait par avance si ceux-ci vont échouer ou non. Il n'y a plus de place pour le libre-arbitre. Ceci était déjà sous-entendu dans les autres, (la cassette-sortie de la mort de Jigsaw) mais jamais annoncé de façon aussi clair. C'est d'autant plus explicite dans le cinq lorsque même l'agent Strahm, l'électron-libre de la série, le grain de sable dans la machine, revient finalement dans le rang, et s'inscrit lui aussi dans le bigger plan : Il devient malgré lui un des rouages de cette gigantesque machinerie.
Et où va nous conduire le sixième opus ? Le plus évident pour l'instant est la piste laissé par Jill, l'ex-femme de JigSaw qui se trouve en possession d'une mystérieuse boite léguée à la mort de son défunt mari. Le test final d'Hoffman pourrait bien venir d'elle. Un affrontement final entre la dernière représentante de John Kramer et le dernier hériter de Jigsaw ? J'achète !
...
Oh oui, et euh, y'a du sang dans le film. Beaucoup plein, mais quand même moins que dans les deux derniers. Mais quand même beaucoup. Et ça aussi, c'est cool.
J'aime la violence.


